Passerelles de croissance


Le rôle des business angels aux côtés d'un dirigeant débute très en amont d'un projet et se consolide constamment dans les comités stratégiques et au long cours. Objectif : faire croître l'entreprise et réussir une sortie profitable à tous !

Un business angel n'est pas qu'un partenaire financier du dirigeant : il agit en support et supporter, parrain bienveillant et conseiller avisé, pour aider l'entreprise à prendre son envol et réaliser ses ambitions car il partage l'intérêt du chef d'entreprise à la réussite du projet !

Son apport peut émerger très tôt, comme en témoigne l'expérience de La Bonne Brique. «Le concept et la qualité des dirigeants nous ont séduits, explique Michel Hugues qui a investi avec Grand Delta Angels. 

Mais il fallait qu'ils démontrent leur capacité à générer du chiffre d'affaires, d'où une levée en deux phases, 30 000 € autour d'un objectif à atteindre en quatre mois et 70 000 € s'ils réussissaient. Sur nos conseils, ils ont modifié leur modèle économique, puis étoffé leur équipe avec un community manager et un télévendeur. Si ça prend, l'expansion ira plus vite que prévu». «Cet œil extérieur s'est avéré très utile pour avancer et a instauré un climat de confiance entre nous» confie Michel Illouz, cofondateur. «Ils nous ont challengés sur nos stratégies de monétisation et nous les avons entendus. Nous sommes pleinement concentrés sur l'objectif fixé» poursuit Patrice Lascombe, l'autre cofondateur.

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Michel Hugues, Grand Delta Angels

Cibler son approche. François Broch (Angels'Bay Invest) s'est, lui, investi deux ans sur le dossier de F-Reg pour aider ses dirigeants à le peaufiner avant qu'ils ne quittent la société qui les employait pour lancer leur projet. «Leur solution de clapet est facile à comprendre, ses deux marchés sont bien identifiés et ils savent où ils vont. Ils ont réussi à convaincre que le montant de leur première levée de fonds devrait suffire à sa commercialisation jusqu'en 2018». «Avec 16 investisseurs à nos côtés, nous disposons d'une grande diversité d'expériences à activer si nécessaire. C'est sain et positif» se réjouit Emmanuel Curinier, cofondateur de la société. Antoine Lebaron (Alumni BA) est aussi intervenu sur les choix stratégiques d'IDCO, mais après quelques années de pratique. «Frédéric Vandenbussche s'épuisait à courir plusieurs marchés à la fois. Sans concrétisation, il devait limiter ses dépenses pour ne pas altérer sa trésorerie. Ses premiers succès commerciaux, il les a trouvés lui-même. Nous l'avons incité à se concentrer dessus pour accélérer sa prise de marchés». Pour Frédéric Vandenbussche, l'apport ne s'est pas réduit à ce recentrage : «Parfois, on se sent désemparé face à un problème de trésorerie, de recrutement, de contrat... Le carnet d'adresses des business angels facilite l'accès à l'interlocuteur adéquat. On en sort regonflé !».

IDCO - F.Vandenbussche - Photo JC Barla

Frédéric Vandenbussche, Président IDCO

Chacun son rôle. «Il ne s'agit pas d'influencer, d'être intrusif, mais d'assister, informer et éclairer, précise Yves Gaboriaud (Var Business Angels), impliqué aux côtés de Therapixel. J'ai conseillé, par exemple, à Olivier Clatz d'afficher sa technologie sur le salon mondial Médica. Avec son propre stand, il est devenu plus visible qu'en exposant avec ses distributeurs. Très à l'écoute, il s'est employé aussi à concevoir une alternative technologique prometteuse, facile à installer, quand il s'est aperçu que les hôpitaux tardaient à investir, freinés par les coûts d'adaptation du bloc opératoire. Cette évolution devrait l'aider à franchir cet obstacle». «Il n'y a aucune ambiguïté sur les rôles de chacun, mais il faut jouer la transparence pour les bonnes comme les mauvaises nouvelles. Le comité stratégique est un vrai lieu de discussion» souligne Olivier Clatz, ravi d'un «travail de fond» qu'il a poussé jusqu'à requérir le conseil de ses Business Angels sur l'opportunité de recruter des collaborateurs juniors ou seniors. A la tête d'Enogia, Arthur Leroux a également connu, en raison du transfert de sa société sur un site unique, un décalage dans ses objectifs début 2016. Il a apprécié la compréhension des représentants d'Arts & Métiers Business Angels. «Ils ont vu que de nombreux clients, notamment étrangers, nous sollicitaient et que nous étions très scrupuleux sur la gestion. C'est du travail, des efforts et du stress... Même si nous sommes trois cofondateurs, cette vision extérieure nous a encouragés à prendre de la hauteur». Guy Fleury qui les soutient confirme :

«Leur déménagement a un peu cassé le rythme de croissance, mais les commandes continuaient d'entrer. Nous les avons beaucoup conseillés sur la rédaction des contrats, les risques clients, le suivi comptable... Comme ils tiennent compte de nos avis, nous n'avions aucun motif d'inquiétude».

Construire le juste équilibre. Alors que Provence Business Angels vient de négocier sa sortie avec Frédéric Bernert et Thierry Bagnol, fondateurs d'IDMED, ces derniers se félicitent d'une collaboration sur plus de six ans. «Nous avons bénéficié d'une expertise pointue sur des pistes de réflexion stratégique, des choix de profils de recrutement» glisse le premier. «Ils ont été notre caisse à outils et notre poil à gratter» résume le second. Tous les deux admettent qu'une sortie est aussi dure à aborder qu'une entrée au capital et qu'il vaut mieux s'entourer, dès le départ, d'avocats expérimentés pour rédiger le pacte d'actionnaires afin d'éviter des malentendus ou tensions lors de la cession. «J'ai été leur sparring partner sur la stratégie, le management de la société... Même s'ils auraient pu, à un moment, oser prendre plus de risques pour accélérer leur expansion, leur sérieux, leur solidité et leur prudence leur ont permis de faire ce qu'ils avaient annoncé malgré un retard à l'allumage» note Jacques Meler (Provence Business Angels), pour qui la relation Business Angels-Dirigeants se nourrit de cette quête constante du juste équilibre. Quelle que soit l'entreprise, «du début à la fin de l'accompagnement, tout est plus facile si le projet repose sur une véritable équipe car les complémentarités jouent alors efficacement, martèle Michel Vacher (Alumni BA). Certains dirigeants exigent un vrai coaching avant le premier tour de table, d'autres ne prennent pas une décision majeure sans nous interroger, les derniers, solides sur leur vision stratégique et leur marché n'impliquent qu'un support léger. Nous nous adaptons à chaque profil, mais nous croyons plus au chef d'orchestre qu'à l'homme-orchestre !».

 

Investir n'est pas toujours accompagner -------------------------------------

Elisabeth Julien Ikimo9 Crdit Romain Bosson

Elisabeth Julien, www.ikimo09.com

«Nous sommes 22 associés chez Ikimo9, mais tout se passe bien grâce à un pacte gagnant-gagnant» confie Elisabeth Julien, sa fondatrice. Accueillir des Business Angels dans son capital ne fait pas grossir... le conseil d'administration ! Même si plusieurs de ses membres investissent, le réseau en désigne seulement un ou deux pour siéger au conseil de surveillance et s'impliquer au minimum tous les trimestres sur un comité stratégique, véritable point d'appui du dirigeant pour éclairer ses choix. Ce dernier peut ainsi compter sur une relation personnalisée et n'a pas à craindre l'expression d'une multitude d'avis qui pourraient le dérouter, même s'il reste tenu d'opérer un compte-rendu des évolutions de son entreprise à l'ensemble de ses actionnaires.